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Message  Laulau le Mer 9 Mai - 9:07

Elections en Europe : si la gauche ne prend pas la tête de la révolte, d'autres le feront

Seumas Milne
The Guardian, 9 mai 2012


La révolte contre l'austérité est en train de balayer l'Europe. L'élection de François Hollande a non seulement ouvert la possibilité d'un changement de direction en France, mais également dans les citadelles de l'orthodoxie budgétaire à Bruxelles, Francfort et Berlin. En Grèce, le tremblement de terre électoral de dimanche a réduit en miettes tout l'establishment politique qui a dominé le pays pendant 40 ans.

Des Pays-Bas à la Roumanie, les gouvernements croulent sous le poids des coupes budgétaires et des hausses d'impôts exigées par le nouveau traité de déflation permanente de la zone euro. En Irlande, la marée anti-austérité monte et fait grossir les rangs du « non » au référendum sur le traité qui s'y tiendra ce mois-ci.

En rejetant la renégociation du traité ou les termes impossibles du plan sauvetage de la Grèce, Mme Angela Merkel a quant à elle transformé la lutte économique de l'Europe en un combat pour la démocratie. Les Grecs et les Français ont désormais voté sans équivoque pour le rejet d'un programme que la chancelière allemande veut leur faire avaler malgré tout.

Et ce n'est pas difficile de voir pourquoi ils le rejètent. L'austérité ne marche pas, même dans ses propres dispositions. La réduction des emplois et des salaires, tout en augmentant les impôts, ne fait pas baisser les emprunts et ne réduit pas la dette, et elle conduit encore moins à la reprise économique. L'austérité aggrave la récession, accroît la dette et détruit des emplois, tout en resserrant les niveaux de vie dans la zone euro - dans des pays comme l'Espagne et la Grèce, de façon catastrophique - ainsi qu'en Grande-Bretagne.

David Cameron et Nick Clegg ont saisi aujourd'hui l'occasion de leur défaite aux élections locales de la semaine dernière pour insister qu'il n'y aurait pas « d'accalmie » dans leur propre programme d'austérité. Cela arrive moins de quinze jours après que le pays a officiellement sombré dans une récession en double creux, alors que les coupes budgétaires ont contracté le secteur de la construction.

Bien sûr, ils ont également insisté sur le fait qu'ils « s'attaqueraient à la croissance ». Mais ainsi que les électeurs dans toute l'Europe sont sur le point de le découvrir, les politiques de croissance revêtent toutes les formes et toutes sortes de tailles, allant de la déréglementation de l'investissement public à l'inclusion dans le discours que la Reine prononcera demain de plans visant à faciliter les licenciements de travailleurs, ce qui montre bien quelles idées Cameron et Clegg ont à l'esprit.

Mais la victoire de Hollande, sur une plate-forme d'emplois, d'investissement, d'augmentation des impôts pour les riches et de renégociation du pacte fiscal de la zone euro, a déjà changé la dynamique politique à travers l'Europe et affaibli l'axe de l'austérité dirigé par l'Allemagne. Même les mandarins de la finance internationale changent de terrain : le président de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi, parle maintenant d'une « convention de croissance », tandis que la patronne du FMI, Christine Lagarde, vient de découvrir que « l'austérité budgétaire freine la croissance et que ses effets sont pires en période de ralentissement ».

Toutefois, le bouleversement politique en Grèce pourrait avoir des conséquences encore plus lourdes. L'effondrement économique de la Grèce, déclenchée par le krach de 2008 et aggravé par l'austérité renforcée imposée par l'UE et le FMI, est une catastrophe sociale du niveau de la Grande Dépression des années 30 aux États-Unis. Selon l'OCDE, les salaires réels ont baissé de 25% en deux ans.

Il n'est guère surprenant que le soutien accordé aux partis qui ont dirigé Grèce et qui l'ont conduite dans une telle mauvaise passe soit tombé de 80% à 30%, tandis que les partis de gauche qui rejettent les réductions budgétaires de l'UE et du FMI, les privatisations et les remboursements de la dette irréalisables, ont fait un bond et sont passés à la fois devant l'Establishment discrédité et la droite nationaliste.

Alors que l'attention internationale s'est focalisée sur les 7% remportés par le parti fasciste Golden Dawn, le plus grand bénéficiaire de l'élection de dimanche était de loin la coalition de la gauche radicale, Syriza, qui a remporté 17% des suffrages. Son chef, Alexis Tsipras, a mené des discussions sur les perspectives improbables de former un gouvernement sans de nouvelles élections.

Au cours des quatre dernières années, la crise a été un jeu de massacre sans distinction pour les politiciens en exercice, du républicain George Bush au conservateur Nicolas Sarkozy, en passant par le travailliste Gordon Brown et le socialiste espagnol José Luis Zapatero. En même temps, l'extrême-droite a progressé dans toute l'Europe, en se nourrissant d'insécurité et de discours anti-immigrés, et en se faisant passer pour les challengers anti-Establishment.

Elle est maintenant défiée par les partis de gauche, qui rejettent un système néolibéral défaillant et reprennent le terrain social qui n'aurait jamais dû être abandonné. Le Front National de Marine Le Pen a largement dépassé en voix le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles françaises. Mais ce n'est pas le parti islamophobe de la Liberté de Geert Wilders, qui a le plus gagné de l'effondrement du gouvernement pro-austérité néerlandais, c'est le parti radical socialiste, qui arrive maintenant premier ou deuxième dans les sondages, avec un soutien s'élevant à 20%.

Au fur et à mesure qu'augmente le coût de l'austérité imposée par l'Establishment, la polarisation entre la gauche et la droite est dépeinte dans une grande partie des médias comme étant la montée des « extrêmes ». Mais c'est à la fois absurde et répugnant d'assimiler les nationalistes racistes ou xénophobes, qui ont gardé au pouvoir des gouvernements soi-disant centristes, du Danemark à l'Italie, avec des partis de gauche ancrés dans les mouvements sociaux, qui se dressent pour une alternative progressiste politique et économique.

Il n'y a pas non plus quoi que ce soit d' « extrême » dans une organisation comme Syriza, qui rejette un programme de destruction sociale et économique qui, lui, est extrême dans tous les sens - et qui appelle à la négociation. Après des années de consensus pro-marché, les choix politiques classiques et les débats sont devenus si étroits que la réapparition de véritables alternatives est apparemment trop choquante pour pouvoir être encaissée.

On s'attend maintenant à ce que Mme Merkel bloque les tentatives de Hollande pour renégocier le traité d'austérité européen, mais qu'à la place elle accepte d'ajouter un pacte de croissance rédigé en termes vagues (comme cela s'est produit dans les préparatifs de la création de l'euro dans les années 90) qui permettrait que la Banque européenne d'investissement accorde des prêts supplémentaires de et qui accepterait des projets d'infrastructure.

Si le président socialiste français devait maintenant manœuvrer au moyen des coupes budgétaires impliquées par ses plans visant à équilibrer le budget d'ici à 2017, dans un contexte de crise et de récession continue dans la zone euro, le risque d'alimenter une droite toxique renaissante sur le dos de la désillusion sociale est évident. Dans ce cas - ou celui d'un affrontement avec les marchés financiers - seul un mouvement social puissant pourrait apporter le contrepoids nécessaire.

L'avenir de la zone euro dépend maintenant de ce qui va se passer en Grèce et du risque de contagion sur les marchés. Certains au sein de la gauche grecque espèrent renforcer leur position dans de nouvelles élections pour négocier avec l'UE et le FMI. D'autres sont sceptiques, alors que la probabilité de défaut de la Grèce et de sa sortie de l'euro pèse de plus en plus lourd.

La Grèce est un cas compliqué, où la bataille politique se déroule désormais entre les options radicales de nature diamétralement opposée. Mais les gens dans toute l'Europe sont profondément déçus par un ordre axé sur le marché qui a échoué à tenir ses engagements. Si la gauche ne propose pas une véritable alternative, d'autres le feront certainement - avec des conséquences terribles.
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Laulau

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