La contre subversion

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La contre subversion

Message  mada le Sam 4 Juil - 8:02

Extrait d'un article qui me semble particulièrement intéressant dans la mesure où l'on peut chaque jour entendre et voir des éléments dispersés d'informations qui mis bout à bout constituent bien un gros risque de régime totalitaire sans mollesse.

Ici, en temps de paix, les caméras,
interpellations, fichiers, enregistrements divers valent pour le
quadrillage des villes et les barrages filtrants dans la casbah d’Alger
en pleine guerre d’Algérie. En temps de paix aussi, cette arme
psychique qui consiste à faire grandir les peurs, sur fond de crise
économique, s’avère être l’arme idéale pour faire admettre une
politique d’inégalités contraire aux intérêts de la majorité.

L’ère de la manipulation

Voilà au final à quoi pourrait servir la multiplication des groupes
stigmatisés et l’amplification du volume des attaques contre toutes
sortes d’opposants :
1) faire agir la séparation spontanée entre « ceux qui n’ont rien à se
reprocher » et les personnages « dangereux pour la société » ;
2) faire entrer en vigueur tous les dispositifs les plus impensés
auparavant afin de préparer le contrôle de tous les espaces sociaux,
voire privés ;
3) Maintenir un ordre de domination dont les intérêts sont classiques :
la domination sans contre-pouvoir, avec de nouveaux instruments de
l’ordre, y compris les techniques d’intimidation psychologique.

L’on peut considérer aujourd’hui que l’Etat et la classe dominante
organisent la domination d’une manière technique, en abusant de leur
statut officiel d’Etat et de dirigeants ou de professions influentes,
par la dénonciation officielle d’ennemis de l’ordre intérieurs dont il
s’agit d’éloigner le reste de la population. Il faut organiser la
suspicion à l’égard des fauteurs de troubles afin qu’elle soit plus
forte que la suspicion que peuvent engendrer le maillage des lieux
d’existence par l’industrie sécuritaire ou le marketing, la destruction
systématique des oppositions émergentes et les politiques d’inégalités.
C’est en effet le seul biais qui s’offre à eux pour maintenir un
simulacre d’adhésion. Et cela marche sur tous les esprits
bien-pensants.

Et si cela s’avérait ne pas être une technique de contresubversion –
mais une logique autogénérée par le système de gouvernementalité
actuel, fondé sur des calculs de risques, et qui, selon une logique
foucaldienne, génère de façon systématique des instruments d’analyse et
de contrôle de ces risques pour installer ses parefeux là où sont
décelés des risques d’insécurité –, les conséquences psychologiques
sont identiques : le témoin des coups de sang des ministres et des
stigmatisations à l’emporte-pièce interprète que, s’il est un bon
citoyen, il ne doit pas s’acoquiner ou collaborer avec les « rebelles
».

Inquiéter, terroriser ou empêcher les plus dociles de rejoindre le
camp « rebelle » : cela marche sur tous les esprits bien-pensants à
l’heure ou il semble que la pire des obcénités soit devenue l’exigence
de liberté.



Louise A. Renard
Publié sur hns-info

[1] On pourrait ajouter d’autres axes, ils se multiplient tous les
jours et convergent, sans réelles raisons, à former un ennemi global :
ainsi, de l’anti-hadopiste (cf. le salarié de TF1 licencié) à
l’anti-ogm, dont les premiers sont « criminels » vis-à-vis de
l’industrie de la création, et dont les seconds pourraient un jour se
voir accusés d’empêcher certains industriels de « nourrir l’humanité »,
vu la tendance de la propagande pro-ogm à affirmer être une solution
contre la faim dans le monde… Les axes seront sans doute innombrables
dans quelque temps, ce qui, dans l’hypothèse de forger une ennemi
global, peut avoir pour effet de faciliter la doctrine de la
contresubversion, car les interpellations seront d’autant plus faciles
que le chef d’accusation sera imaginaire.

[2] Emblématique de ce qu’est devenu le débat parlementaire : la
campagne anti-hadopiste a montré à quel point l’Assemblée était vidée
de sa fonction démocratique. Des députés de la majorité ont fait savoir
en effet, entre les deux passages à l’Assemblée, tout leur mépris du
processus démocratique (la loi passera, martèle l’un d’eux), avouant
par là que les votes se réduisent toujours plus à une procédure
formelle et que le travail parlementaire ne protège plus des effets
d’une politique de domination.

[3] Cf. « L’ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire
de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine », de Mathieu
Rigouste. Consultable sur le site de l’éditeur : http://www.editionsladecouverte.fr.

[4] La caisse de résonance médiatique partage une large
responsabilité dans la diffusion de l’intimidation. L’effet
psychologique joue d’autant mieux que la saturation d’informations
empêche d’élaborer les faits et maintient l’opinion dans l’incapacité
de s’interroger réellement sur ce qui s’est passé. La succession des
messages semble court-circuiter les processus de réflexion. La
diffusion de messages traumatisants oblige de plus chacun à brider sa
sensibilité et à endommager la capacité de critique et d’engagement.

http://www.arsindustrialis.org/la-contresubversion-dactualité

mada

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