Comment la monnaie génère la crise et la guerre

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Comment la monnaie génère la crise et la guerre

Message  Laulau le Mar 23 Fév - 15:57




Anniversaire oublié

<table class="TableauNormal" style="background: white none repeat scroll 0% 0%; -moz-background-clip: border; -moz-background-origin: padding; -moz-background-inline-policy: continuous; border-collapse: collapse;" border="0" cellpadding="0" cellspacing="0"><tr><td> </td><td style="text-align: center; width: 100%; height: 67px; vertical-align: top;">
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</td><td style="padding: 0cm; width: 96.4%;" width="96%" valign="top"> Discours de


Antal E. Fekete


Professeur
d’économie monétaire et bancaire


San
Francisco School of Economics




Prononcé
lors d’un dîner de charité au bénéfice de la
Ficino School


Auckland,
Nouvelle-Zélande


28
octobre 2009

L’année 2009 va probablement se terminer sans
commémoration du centenaire d’un événement
historique qui se trouve être la cause principale de la grande crise
financière de ce siècle. Cet événement est
l’avènement de la législation sur la monnaie
« à cours légal » de 1909.
Les billets de banque de la Banque de France et de la Reichsbank allemande sont devenus cette année
là monnaie légale officielle en vertu de la loi, en France
d’abord et puis peu après en Allemagne impériale. Le
reste du monde n’a pas tardé à suivre. De cette
manière, tous les obstacles empêchant le financement de la
future guerre mondiale par le crédit et la monétisation de la
dette furent surmontés
grâce à la possibilité d’émettre des billets
de banque sans contrepartie.





Un des effets pervers fut que tous les efforts pour éviter la
guerre, les destructions matérielles et les pertes humaines par une
meilleure diplomatie furent court-circuités.
Les parties en faveur de la guerre dans les deux pays avaient remporté
une grande victoire. La cause en faveur de la paix, une défaite
décisive.





Merci de bien noter que j’ai dit « ce qu’on
appelle couramment les lois sur la monnaie légale » parce
que « monnaie légale » dans ce contexte
était bien une déformation assez vicieuse de la signification
de l’expression. Il n’existait rien de coercitif avant 1909
concernant la monnaie. Les billets
circulaient comme de la monnaie mais leur acceptation était
totalement volontaire. Les gens possédaient un droit inconditionnel
à échanger leurs billets contre des pièces du royaume,
c’est-à-dire des pièces d’or. Si la banque
n’y satisfaisait pas, elle était prise en défaut
technique et devait faire face aux conséquences.





La signification originale du terme “monnaie
légale” se réfère tout simplement à un
standard de tolérance applicable à l’usure des
pièces d’or. Les pièces qui satisfaisaient aux standards
de tolérance circulaient d’elles-mêmes et leur valeur
était établie en les comptant – un usage très
commode. Les autres circulaient par poids, chaque pièce devant
être pesée, ce qui n’est guère pratique.




Absolument aucune contrainte n’était impliquée
dans cette discrimination. La Monnaie échangeait les pièces
d’or dans la tolérance des standards par des pièces
récemment frappées donc au poids exact sans aucun coût
pour le porteur. Le gouvernement absorbait la perte et la couvrait par le
budget général. Le coût de ce service était traité de la
même manière que l’entretien du réseau routier. Et
non seulement il n’y avait aucune contrainte quant au choix de la
monnaie mais de surcroît le
gouvernement octroyait un service public sans charge supplémentaire
pour les usagers. Ceci était la signification du terme
« monnaie légale » avant 1909.





Notez le subtil changement de signification introduit par la loi sur
la monnaie légale en 1909. Un service public a été
remplacé par une contrainte publique. Deux gouvernements avec la plus
grande force de frappe militaire mondiale ont contraint leurs sujets à
accepter et utiliser la dette comme monnaie. Ceci fut une
première dans l’histoire. En particulier, les
gouvernements ont forcé
les militaires et les fonctionnaires
à accepter leur papier en
rémunération de leurs services.




Bien sûr, l’utilisation faite de l’expression
“monnaie légale” est un oxymoron. Une promesse de paiement
qui est à en même temps un moyen ultime de paiement n’est
pas une promesse. C’est un oukase. Ceci était un pas
réactionnaire, planifié pour faciliter l’augmentation
illimitée de la circulation monétaire quelques soient les
quantités d’or de réserve. Cela permettait le financement
de la guerre future au moyen de crédits gouvernementaux, pour une
grande partie sans intérêts et sans date de remboursement. Le
fardeau était reporté sur les épaules du peuple sans son
assentiment.





La mesure a été présentée comme un
changement innocent. Il n’y a pas eu de débat public concernant
la sagesse de la décision. Personne à l’époque ne
pouvait prévoir les conséquences infâmes à venir.
Personne ne soupçonnait le gouvernement de mauvaise foi. Et pour
donner preuve de sa bonne foi, les pièces d’or furent
autorisées à rester en circulation pendant encore cinq ans. Les
banques les échangeaient de manière routinière sans
discuter. Il n’y eut pas d’augmentation notable de la
thésaurisation de pièces d’or par le peuple, un signe
montrant implicitement qu’il faisait confiance à son
gouvernement.




Quand la guerre éclata finalement en 1914, les
« fusils d’août » montrèrent
l’effet à retardement de la loi sur la monnaie légale.
Toutes les pièces d’or disparurent instantanément. Les
banques refusèrent immédiatement toute conversion de billets en
or. Les parlementaires en faveur de la législation, y compris les
députés socialistes, votèrent tous les crédits de
guerre que le gouvernement avait demandés sans broncher.





Le premier auteur à démasquer la connexion entre les
lois sur la monnaie légale de 1909 et la déclaration de guerre
5 ans plus tard en 1914, fut l’économe allemand Heinrich Rittershausen (1898-1984). Il a également
prédit la Grande Dépression et a fait le lien entre la vague
sans précédent de
chômage et la monnaie à cours forcée (monnaie légale),
que je vais présenter plus en détail ci après.





Nous en sommes réduits à des suppositions sur
l’histoire. La destruction
de biens et les morts insensées se seraient-elles terminées
plus rapidement en l’absence de monnaie à cours forcé,
donc aussitôt que les deux gouvernements belligérants auraient été à
cours d’or pour financer la guerre ?




La plupart des observateurs contemporains avaient prédit que
cela aurait été le cas. Il n’aurait pas été
possible de financer un conflit de cette ampleur par l’impôt. Les
gens n’ont pas compris que
la monnaie à cours forcé était une forme invisible
d’impôt pour financer la plus grande guerre de tous les temps.
Ils n’ont pas compris que le pouvoir du crédit permettrait aux
gouvernements de dépenser le sang et les richesses de leur peuple sans
compter et sans aucune restriction. Les gens n’ont pas vu le Molosse
derrière la façade de la monnaie légale – le dieu
qui se préparait à dévorer ses propres enfants.





*
* *






Mais une autre conséquence cynique des lois sur la monnaie
légale n’est pas apparue à l’époque.




Avant 1909, le commerce mondial avait été financé
par des billets à ordre tirés sur Londres. Un billet à
ordre est un effet commercial à moyen-terme payable en or à
terme. Il représente un crédit s’auto-liquidant
permettant le financement des nouvelles marchandises demandées par les
consommateurs. Comme son émission est limitée par la
quantité de marchandises en route vers le marché en question,
il n’a pas d’effet inflationniste. Le crédit est liquidé
par les pièces d’or données en échange de la
marchandise par le consommateur ultime.




Vous pouvez considérer un effet commercial comme un
crédit en train « d’attendre son
échéance en pièces d’or ». Comme moyen
d’échange, le billet à ordre était le
« second meilleur choix » après les
pièces d’or. Il était pratiquement sans risque parce que
la marchandise qui le garantissait avait déjà un marché
qui l’attendait à l’arrivée.





Clairement, les billets à ordre étaient incompatibles
avec les lois sur la monnaie légale. Emettre des billets à
ordre avec pour date d’échéance la date de
validité des billets de banques officiels n’a aucun sens. Le
fait est que le billet de banque est inférieur pratiquement en tout
point au billet à ordre. D’une part, les billets à ordre
sont des actifs rentables, du fait de l’escompte que l’on
applique à sa valeur faciale s’il est vendu avant son terme. Les
effets commerciaux sont aussi liquides : seules les pièces
d’or sont encore plus liquides. Ils sont les meilleurs actifs
qu’une banque commerciale puisse détenir.





Mais ce qui rend les effets commerciaux le meilleur actif de
l’économie c’est le fait qu’une fois
consolidés, ils constituent le fonds salarial de la
société. Eux seuls rendent possible la production et la distribution
de biens maintenant que le consommateur ne paiera que plus tard. Jusqu’à
trois mois plus tard pour être précis. Cependant, pendant ce
temps, les ouvriers employés à leur production devront
être payés chaque semaine. En effet, les ouvriers doivent manger
et satisfaire leurs autres besoins et désirs pour poursuivre leurs
efforts de production. Le paiement des salaires n’est pas
financé par l’épargne des capitalistes. Il est
financé par le clearing, c'est-à-dire par l’allocation
spontanée de privilèges monétaires au moyen des effets
commerciaux qui permettent ainsi de circuler avant leur
échéance.




Une conséquence inattendue de la législation sur la
monnaie à cours forcé a été la destruction de ce
fonds salarial servant à payer les ouvriers avant que les biens réels
ne soient vendus. Les lois sur la monnaie légale portent directement
la responsabilité de l’épouvantable chômage pendant
la Grande Dépression — comme l’a souligné Ritterhausen. Tant que le fonds salarial est intact, il ne
peut y avoir de chômage. Chaque individu soucieux de gagner un salaire
peut s’engager dans la production ou la distribution de biens
demandés par les consommateurs et être payé par ce fonds
salarial immédiatement, avant même que le produit ne soit vendu.
La destruction de ce fonds a changé tout cela. Les ouvriers ne
pouvaient plus être rémunérés pour leur travail
dans la production de marchandises à moins que la vente n’ait
lieu immédiatement.






La destruction de ce fonds salarial n’a pas été
immédiatement évidente en 1909. Les entrainements militaires et
la production du matériel de guerre absorbait toute la main
d’œuvre disponible. Pendant la guerre, la main d’œuvre
était rare en raison de l’expansion de la production
d’armes et de munitions. Le chômage n’a touché la
société qu’après la fin des hostilités.




Si les puissances victorieuses avaient annulé les lois sur les
monnaies à cours forcé après la guerre, et donc
réhabilité le marché des effets commerciaux et re-rempli le fonds salarial, la Grande Dépression
n’aurait jamais eu lieu.




En conséquence, le fonds salarial n’a jamais
été ressuscité et les ouvriers n’ont pas pu
être payés. Et le résultat fut le plus gros chômage
de l’histoire. Les gouvernements furent obligés de prendre en
charge les chômeurs au moyen du système d’assurance
chômage. Ce système, un affront aux personnes ayant envie de
travailler contre un salaire, a toujours cours mais ses causes,
l’absence de circulation d’effets commerciaux, demeurent non
reconnues.




* * *




Les lois sur les monnaies officielles, qui représentent une
alliance peu orthodoxe (pour ne pas dire une conspiration) entre le
gouvernement et les banques, n’ont jamais été
récusées.




Les gouvernements en sont venus à apprécier les pouvoirs
supplémentaires acquis par de faux-semblants, et les banques heureuses
de prendre leur part à cette corruption. Elles ont
transféré leur loyauté de leurs clients au gouvernement.
Depuis cette date les banques furent prêtes à acheter toutes les
obligations émises par le gouvernement et qui n’avaient pas
trouvé preneur sur le marché obligataire en échange de
privilèges pour créer des dépôts bancaires sans
contraintes de réserves en or.




On se rendait réciproquement service. Cette conspiration
continue sous un nouveau « contrat social » dans lequel
pots de vins et chantage ont remplacé la coopération
volontaire.





La connivence des media et du monde universitaire et, en particulier,
la loyauté de la profession des économistes et des journalistes
financiers a été achetée par le zèle des banques
centrales à sponsoriser la recherche. « Celui qui paye les
musiciens donne le ton », comme le dit la sagesse populaire. Les
auteurs qui étaient prêts à chanter les louanges de la
monnaie non-convertible ont été largement récompensés.
Les auteurs critiques envers la monnaie à cours forcé
n’avaient pas besoin de poser leur candidature pour ces programmes de
recherches. La plupart des économistes et journalistes financiers
actuels sont des écrivains publics qui vendent leur plume au
gouvernement et aux banques centrales. La propagande est promue au rang de
recherche.



Les mathématiques ont été prostituées comme
jamais au cours de l’histoire de la Reine des Sciences. Les articles de
recherche sur la théorie économique et monétaire
fourrées d’équations différentielles incroyables
mais vides de sens sont présentées comme le Saint Graal.




Les gestes étudiés et les tours de passe-passe des
économistes actuels sont similaires à ceux des grands
prêtres de l’Egypte ancienne. En vertu de leur connaissance en
astronomie, connaissance qu’ils déniaient au grand public, les
prêtres égyptiens pouvaient prédire les éclipses
du soleil et autres événements célestes. Ils tenaient
leur public étonné et respectueux de leurs pouvoirs super-naturels.
La différence est la suivante : alors que les prêtres
égyptiens étaient des professionnels qui étaient
à la pointe de la connaissance scientifique, les économistes
sont le plus souvent des charlatans et des guérisseurs qui, tout en se
targuant de leur savoir, ont été totalement incapables de
prédire l’effondrement financier qui se profilait juste devant
leurs yeux, ainsi que leur misérable performance de 2007 l’a
montré.




Pire encore, ils sont complètement incapables d’admettre
leurs propres erreurs. Ils sont une malédiction pour le corps
politique et une verrue pour le corps universitaire. Ils sont en train de
conduire le monde vers un désastre économique et
monétaire sans précédent, ici et maintenant.





* * *




La présente crise financière est la chute d’une
tragédie apportée par la contrainte dans le secteur
monétaire. La voie de sortie de crise et le moyen de prévenir
une autre Grande Dépression consiste à restaurer la
liberté dans la sphère monétaire : par une adroite
abrogation des lois sur la monnaie légale.




L’étalon-or doit être rétabli ainsi que son
système de clearing, le marché des effets. La nature
monopolistique de la dette gouvernementale sur le marché obligataire
doit être éliminée en réintroduisant la
concurrence entre les pièces d’or et les promesses du
gouvernement. Les porteurs d’obligations insatisfaits par le taux
d’intérêt offert arbitrairement par les coupons
attachés aux obligations du gouvernement doivent avoir leur droit
rétabli: le droit de placer leur épargne en pièces
d’or comme ils le faisaient avant 1909. De cette façon, on pourrait
forcer le gouvernement à offrir des taux d’intérêts
concurrentiels sur l’épargne privée.




Il s’agit également d’une question de
libertés publiques. Toute contrainte dans le secteur monétaire
doit être stoppée afin de respecter la dignité des individus.
L’état d’esprit collectiviste actuel des gouvernements
doit être rejeté au profit d’un autre favorisant
l’individu et restaurant la liberté et l’initiative libre
de l’homme.





Un siècle entier n’est qu’un moment fuyant dans
l’histoire. Ces cent dernières années doivent être
regardées comme un épisode réactionnaire de notre
civilisation, une expérience insensée avec une monnaie
non-convertible. L’expérience a échoué misérablement
comme les expériences similaires dans le passé. A moins
d’être stoppée, elle va plonger l’humanité
dans une misère économique sans précédent, qui va
littéralement menacer la survie de notre civilisation et tout le
système de nos valeurs.





Au contraire, la liberté dans le secteur monétaire nous
apportera la paix.






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