Lu dans Marianne

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Message  Laulau le Mar 16 Mar - 12:02


53,65,
c’est la réponse des « Pue la France » aux Barrosiens de Bruxelles.

















Infomatique - Flickr -
CC







C’est un cri de colère, une sorte de clameur qui monte des
profondeurs du pays pour exploser comme une bombe sur les écrans de
télévision en ce 14 mars 2010. Même si l’on en connaît la signification,
même si l’on sait que c’est une rébellion, un coup de gueule citoyen,
un poing d’honneur, le chiffre fait mal : 53,65. Le taux d’abstention au
premier tour des élections régionales de mars 2010 restera comme une
tâche indélébile dans les annales de la vie politique française.

Cynique,
méprisant, presque sordide, Nicolas Sarkozy a fait dire à ses sbires
envoyés sur les plateaux que cette démobilisation était la faute des
présidents socialistes de conseils régionaux ayant démobilisé leurs
concitoyens. Un président de la République, surtout quand elle est
française, devrait y réfléchir à deux fois avant de lâcher le roquet
Lefebvre et le molosse Bertrand sur la foule, car il risque de se la
prendre en pleine gueule, façon retour de bâton, sa théorie, dimanche 21
mars.

Rien n’est pire pour un responsable politique que de
sombrer dans la dénégation aveugle face à l’évidence de l’échec.
Pourtant, ils ont osé. Les Français sanctionneront, un peu plus fort.
Tout comme ils ont majoritairement sanctionné cette classe politique,
mais aussi ce pouvoir, ces médias, ces communiquants, ces penseurs et
ces hableurs qui leur ont refilé le Traité constitutionnel européen sous
forme de traité de Lisbonne. Et qui ne cessent de les tromper, en
trichant, en mentant, en taisant.

Quelle irresponsabilité, en ce
mois de février 2008, de la part des dirigeants de cette nation, et de
leurs complices ravis de se venger de l’humiliation du 29 mai 2005, que
de croire que le contournement du référendum par la voie parlementaire
resterait sans conséquences pour notre démocratie. Il y avait déjà eu
les élections européennes, en juin 2009, avec 60% d’abstention, mais ce
taux étant habituel pour ce scrutin, l’exemple n’était pas probant.
Cette fois ci, il l’est. Et tous ceux qui se sont détournés des urnes
dimanche 14 mars n’hésitent pas à l’avouer, à l’expliquer, pour ne pas
dire, à le revendiquer.

Sociologiquement, c’est une catastrophe.
Politiquement, un cauchemar. Car si, sur l’instant, on se rassure de
cette capacité d’indignation de l’électorat, de cette forme de
réactivité populaire, cette grève des urnes, car ce n’est pas autre
chose, peut se transformer demain en fléau contre la démocratie. Tout
d’abord en truquant la réalité politique du pays et en distribuant des
cartes à ceux qui ne devraient pas en avoir autant. Mais le jeu du
suffrage universel est ainsi fait qu’il tire aussi sa légitimité de ses
propres limites, de ses propres vices. Alain Finckelkraut l’a ainsi
formulé : « Sans éducation, le suffrage universel peut devenir la
tyrannie des imbéciles ». Certes, mais le déserter, c’est prendre le
risque d’offrir le pouvoir aux salauds.

Ne nous voilons pas la
face, la « droite moderne », pas celle, franco conservatrice et
catholique, de Barrès, de Tardieu, de Pinay ou de De Gaulle, mais celle
qui prend ses ordres chez Microsoft, chez Veolia, chez Total, chez
Unilever, mais aussi chez Procter-&-Gamble et à Wall Street, pour
rendre encore plus rentables les profits industriels de la grande
finance mondialisée, et qui a ses entrées aujourd’hui à
l’Elysée-Matignon, se prévaudra un jour de cette désaffection du citoyen
envers l’acte électoral pour le réduire, petit à petit, lentement,
sournoisement, à un suffrage épisodique et aléatoire dont ne découlera
plus le pouvoir réel. Les citoyens continueront à voter, certes, mais
pour des institutions secondaires aux compétences limitées. Les vraies
décisions, elles, se prendront, au secret, lors de conseils d’organismes
autoproclamés et validés par une technocratie de commission.
A ce
rythme-là, on y va tout droit. Avec la complicité bienveillante d’une
classe médiatique qui trouve quand même que le peuple, c’est nul ! Il
fallait les lire et les entendre au lendemain du 29 mai 2005…

La
stratégie est simple : on dégoûte le citoyen de la vie politique, on le
dissuade de voter en lui montrant que cela ne sert à rien, et, une fois
bien démotivé et démobilisé, on s’en passe, en lui donnant l’illusion
qu’il continue à décider par quelques effets médiatiques bien conçus. «
Ce n’est pas nous qui avons tué le suffrage universel, c’est le peuple
qui n’en veut plus » expliqueront-ils un jour. On repasse un coup
d’éponge là-dessus avec le soutien de la télévision et le tour est joué.

Lorsque
Patrick Le Lay, ancien pdg de TF1, se vante de « Mettre du temps de
cerveau à disposition de Coca Cola » il oublie de dire que sa logique,
transposée au niveau d’une logique politique similaire, peut augmenter
le temps de cerveau indisponible à la réflexion citoyenne. C’est
peut-être ce qui est entrain de se produire. Gavé de télé réalité,
saturé de séries américaines, boulimique d’émissions flattant l’instinct
par le bas, assisté mentalement par des programmes faisant de moins en
moins appel au libre arbitre et à la réflexion critique, atrophié par un
discours publicitaire le persuadant que son destin est au bout du
rayonnage de l’hypermarché, le téléspectateur tue l’électeur.

Tel
est le scénario catastrophe auquel notre société, pour ne pas dire
notre civilisation, pourrait être bientôt confrontée. Tout est en place
pour que cet enfer devienne réalité. Mais il est des forces dans ce pays
qui peuvent encore donner. Des énergies qui attendent le jour du
sursaut pour arrêter le massacre. Elles sont inscrites dans l’histoire
même de cette République. Ce qui s’est passé dimanche incite à poser le
problème en ces termes. Les « pue la France » auront-ils le dernier mot
sur les Barrosiens de Bruxelles ? Citoyens, à vos bulletins !
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Laulau

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