Une semaine décisive

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Une semaine décisive

Message  Laulau le Lun 6 Sep - 9:10

Une semaine décisive




Denis Sieffert





Depuis plusieurs semaines, la
droite française connaît une crise qui n’a guère eu d’équivalent depuis
1934. Une crise politique et morale qui mine le pouvoir et l’autorité de
son principal chef. Mais cette crise a une caractéristique : elle ne
traduit pas un rapport de force défavorable à la droite. Ce n’est pas
l’offensive d’une opposition résolue qui a affaibli le président de la
République. Comme il fut le principal acteur de son succès, Nicolas
Sarkozy est bien aujourd’hui l’unique responsable de son déclin. C’est
qu’il a transgressé une règle implicite de notre vie politique. En
système capitaliste, nous sommes tous invités à croire la fable selon
laquelle l’État serait le représentant des intérêts généraux. Un
arbitre, neutre dans le conflit social. Ce qui n’est évidemment jamais
vrai. Au fond, chacun sait que l’État, même républicain, est toujours
l’avocat d’intérêts économiques qui s’identifient étroitement au
système. Mais les apparences doivent être sauves. Et on se doit de
préserver une part au moins de cette fonction arbitrale.

La réussite du gaullisme a, en grande partie, reposé sur le respect
de cette règle non écrite. La fable d’un État au-dessus des intérêts
particuliers, soucieux des équilibres entre les classes sociales, n’a
jamais aussi bien fonctionné qu’au début des années 1960. Elle n’en
demeurait pas moins une fable. Bon an mal an, celle-ci a été entretenue
par les successeurs du Général. C’est ce mythe qui vole en éclats
aujourd’hui. On ne sait plus guère distinguer entre l’État et son chef,
le gouvernement et le parti présidentiel. Trop d’adhésion grossière aux
thèses du Front national et trop d’identification aux intérêts du Medef
ont fini par mettre en évidence un État clanique impliqué sans retenue
dans la guerre sociale.
L’affaiblissement politique du régime n’est donc en rien la conséquence
d’une remontée idéologique des idées de la gauche. Il ne résulte pas de
la parution d’un projet concurrent qui séduirait nos concitoyens.
À gauche, ceux qui ont des idées sont encore inaudibles pour le plus
grand nombre. Et ceux que l’on entend n’ont rien à dire. C’est la nette
impression que l’on retire de ces universités d’été. Ce sont les
associations, les défenseurs des droits de l’homme, voire les Églises,
qui mènent la critique sociale et morale. C’est la presse qui révèle,
dénonce et démontre. Et on a beau lire et relire le discours de Martine
Aubry à La Rochelle, on ne voit pas les moindres contours d’une
alternative politique. Dans le domaine de la santé, l’un des plus
attaqués par le gouvernement, le concept de « care » développé par la
Première secrétaire paraît bien confus. Il se présente comme une notion
essentiellement individuelle et moralisatrice quand il faudrait résister
sur le terrain collectif. Dans le meilleur des cas, il est
incompréhensible. Dans le pire, il s’agit d’un rideau de fumée qui cache
une adhésion inavouable à la politique actuelle. Y compris dans le
dossier des retraites. La réplique – si l’on ose dire – à la politique
sécuritaire de Nicolas Sarkozy n’est guère plus rassurante. La
revendication de crédibilité affichée par Manuel Valls, François
Rebsamen et Ségolène Royal fait craindre un irréversible glissement
à droite.

Cette confusion dans deux dossiers essentiels ne pourra pas être
entretenue très longtemps. On n’attendra pas pour être fixé un éventuel
forum consacré à la lutte contre la délinquance, ou un programme élaboré
en vue de la présidentielle. La place qu’occupera le parti socialiste
dans les deux grandes manifestations des 4 et 7 novembre, contre la
politique xénophobe du gouvernement, puis contre la réforme des
retraites, délivrera déjà un message sur les véritables intentions de
l’opposition. C’est surtout face à la seconde échéance que l’on attend
le PS (il aura moins de difficultés à donner le change dans la première
manifestation). Quelle sera sa détermination dans la mobilisation ? On
scrutera à cet égard l’attitude de la CFDT, relais syndical du PS.
Va-t-on, de ce côté-là, résister à la tentation de se satisfaire de
quelques miettes concédées par le gouvernement sur la question de la
pénibilité ? Ou bien va-t-on faire réellement barrage à un projet qui
doit être rejeté en totalité ? Et, dans cette seconde hypothèse, quel
cadre va-t-on offrir à la mobilisation au-delà d’une première journée,
le 7 septembre, qui s’annonce musclée ?

Certains me reprocheront peut-être d’entretenir des illusions sur le
PS. Que peut faire de positif un parti qui n’exclut pas d’avoir pour
candidat à la présidentielle de 2012 le directeur du Fonds monétaire
international ? Mais, en politique, les choses ne sont jamais aussi
simples. La profondeur de la crise de la droite, le mécontentement de
l’opinion publique, la mobilisation de la société civile, la petite
musique de l’autre gauche, dont les réponses à la crise économique et
sociale apparaissent de moins en moins marginales, tout cela peut peser
sur le cours des événements. Après 1934, il y eut 1936. Et on sait que
les acquis sociaux qui ont été codifiés par le gouvernement de Front
populaire en juin ont été arrachés en mai par une puissante grève
générale.
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Laulau

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Ben pardi!

Message  borbo le Lun 6 Sep - 9:19

Denis Sieffert est un journaliste français, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire français Politis, spécialiste des questions israélo-palestiniennes. Ancien lambertiste, il a été président du syndicat étudiant UNEF-US entre 1975 et 1978, laissant alors sa place à Jean-Christophe Cambadélis. Il est proche de la gauche antilibérale ou alternative, et écrit souvent en soutien aux différents mouvements de grève en France. (in Wikipedia)

Témoignage d'une oblectivité troublante.

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